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Scellements et collages.

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Scellements et collages. Voilà un sujet important en dentisterie que j’ai omis de traiter, et que les questions perspicaces d’un lecteur, m’obligent à aborder. Comme mon blog est copié de partout, et, semble-t-il, commence à être une vraie référence pour les étudiants, je me suis senti obligé de compléter mes connaissances pour bien me démarquer de la concurrence.
Voici le commentaire de Monsieur P, posté sur l’article « Les descellements de prothèses fixes » que vous pouvez lire ICI si vous le souhaitez:

« Je relance ce sujet sur les descellements de prothèse fixe, ce que nous béotiens en matière dentaire, nous appelons des couronnes. Qui dit descellement, dit scellement de nouveau du moins en première intention, sinon durablement si possible. Mais au fait c’est scellé ou re-scellé comment ? De la colle, un matériau connu des seuls chirurgiens dentistes ? Et qu’est ce que c’est que cette lumière bleue ? Oh, je sais (vaguement) : polymérisation = durcir. Mais pourquoi ? Et est-ce que c’est solide ? Au bout de combien de temps ? Expérience personnelle, le praticien recommande bien après un scellement de ne pas manger ni même boire pendant 2 heures. Ah ? Et qu’est ce qui se passe pendant ces deux heures qu’il faille que l’estomac prenne son mal à patience ? Chaque patient intéressé par le sujet aura sans doute remarqué que pour un re-scellement (en urgence bien que médicalement ça n’en soit pas une), c’est souvent à l’heure du déjeuner… du chirurgien-dentiste. Merci à lui ou à elle ! Quand finalement la couronne ne tient de nouveau pas longtemps, est-ce le scellement qui est en cause ? Qu’est ce qui fait qu’après avoir fait tenir la couronne, quelques heures, quelques jours, quelques semaines, parfois il n’assure rapidement plus son office ? Chez moi, je colle n’importe quoi durablement et même sans possibilité de retirer quoi que ce soit avec des colles dont je tairai ici le nom. Ce n’est pas pareil, je m’en doute mais pourquoi donc ? Tout ça pour comprendre. Contrairement à une maladie dont on dit qu’en comprendre les mécanismes c’est déjà à moitié être guéri, il est clair que ce n’est pas cette compréhension qui aidera à faire tenir plus longtemps une couronne qui ne fait que se desceller. Mais ça permet de se faire une raison. Merci pour tous les compléments que vous pourriez apporter ici Docteur Hauteville. Pardon si les réponses sont déjà quelque part, il y a tant à découvrir sur ce site. »

Voici tout d’abord un « copier-coller » pris dans l’article que j’ai écrit sur « Dépouille et contre dépouille »:

Le sens littéral du terme « dépouille » est la peau retirée: on dépouille un lapin en le déshabillant de sa peau. A la campagne on disait « dépiauter« .
D’une manière plus générale, une dépouille est quelque chose qui se retire.
En dentisterie une cavité de dépouille (ou non rétentive) est une cavité dont la forme ne retient pas le contenu, par opposition à une cavité rétentive qui empêche le matériau qui a servi à l’obturer de ressortir. On dit aussi dans certains cas: une contre-dépouille.
J’ai fait des petits croquis pour que vous compreniez mieux:

De même, lorsqu’on prend l'empreinte d’une dent, la partie qui se trouve en dehors de la ligne de plus grand contour est de dépouille, et la partie qui se trouve en dedans de cette ligne est en contre-dépouille.

Pratiquement:
Pour pouvoir faire une couronne il faut donc tailler la dent pour qu’elle soit entièrement de dépouille, tout d’abord pour que l'empreinte sorte sans déformation et ensuite pour que la pièce prothétique puisque rentrer à sa place.
Pour les obturations ce sera la même chose: une obturation pour un produit mou à la pose et qui durcit ensuite devra être rétentive. Un Inlay fabriqué en laboratoire livré déjà dur devra avoir une cavité de dépouille. Lorsque la cavité est rétentive, il n’y a besoin d’aucun scellement: le matériau tient tout seul. Lorsque la cavité est de dépouille il faut un ciment de scellement pour maintenir le matériau.
La difficulté pour le dentiste est de tailler les dent de façon à ce qu’elles soient très légèrement de dépouille pour que ça passe mais pas trop pour que ça tienne. Ajoutez à cela les problèmes de parallélisme entre différents piliers et vous comprendrez toute la difficulté. Vous comprendrez aussi que l’habileté du dentiste, et celle du prothésiste sont capitales.
L’idéal pour une prothèse fixe est qu’elle tienne en bouche sans ciment. Si elle tombe toute seule avant d’être scellée, cela veut dire qu’elle ne tiendra que par le ciment, c’est à dire qu’elle se descellera souvent.

Qu’est-ce qu’un scellement?

Un ciment comble les vides et selon sa composition il peut pénétrer dans des creux microscopiques en augmentant le frottement entre les pièces à solidariser. Sa caractéristique principale est de durcir, et en bouche le milieu humide favorise sa prise.
En dentisterie on utilise essentiellement des hydroxyphosphates de zinc. Un ciment dentaire ne peut pas servir à coller deux surfaces planes et lisses entre elles. Pour cela il faudra avoir une colle. Il existe aussi de ciments polycarbonates.

Les ciments Verre Ionomères (CVI) ont la propriété des faire un échange ionique avec la dentine, c’est à dire que le collage ce fait par échanges moléculaire entre le ciment et la dentine. Mais pas sur l’émail.

Qu’est ce qu’un collage?
Il faut différencier les collages de surface, par exemple bridges métallique collés sur l’émail des dents, ou brackets d’orthodontie collés sur la surface de la dent.
Les collages doivent obligatoirement se faire à sec hors de toute humidité
On peut aussi coller un inlay composite avec un composite fluide polymérisant sans lumière.
Les brackets en résine transparente peuvent être collés avec un composite polymérisable à la lampe.

Les collages dentaire sont tous fait avec des résines epoxy.

Je vais essayer de tirer un certaine nombre de questions du texte de mon lecteur:

A quoi sert la lumière bleue?
Les composites se présentent sous forme de deux pâtes, ou d’une pâtes et un liquide qu’il faut mélanger et a ce moment la polymérisation se fait et il durcit. Actuellement il n’y a plus de composite qui se polymérise sans exposition spéciale à une lumière bleue. Si bien que les deux pâtes arrivent mélangée et on a tout son temps pour placer la pâte dans la cavité, puis de polymériser soit par couches successives soit tout à la fois. Ceci n’est valable que si on utilise des matrice transparentes qui laissent passer la lumière. C’est aussi la raison pour laquelle on ne peut pas sceller une couronne opaque avec un composite.

Pourquoi ne pas manger après un scellement?
Les ciments à l’oxyphosphate mettent 2 heures à durcir complètement il ne faut donc les soumettre à aucun travail durant ce délai. Vous pouvez par contre boire ou manger des purées. 

Quand finalement la couronne ne tient de nouveau pas longtemps, est-ce le scellement qui est en cause ?
C’est rarement le scellement, le plus souvent c’est la couronne qui n’est pas assez rétentive.

Pourquoi ne peut on pas utiliser des colles très fortes?
Encore faut-il que cette colle ne soit ni toxique, ni caustique ni irritante, ni allergisante…

Pourquoi certaines couronnes se descellent et pas d’autres?
Tout dépend du moignon, s’il est trop conique le scellement tient moins bien.

Ceux qui souhaitent s’instruire un peu plus, peuvent lire ICI!  

Au cas où vous avez avalé votre prothèse descellée lire ICI!

Cher lecteur, j’espère avoir répondu à vos attentes et merci pour votre collaboration.

 

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Dr. Albert Hauteville
Albert HAUTEVILLE Né le 17 Octobre 1935 . Chirurgien Dentiste diplômé de la Faculté de Médecine de Paris (Ecole Odontologique de Paris) en 1960, durant une période courte où les dentistes étaient formés par la faculté de Médecine et avaient la possibilité facultative de suivre en même temps les cours de médecine, ce qu'il a fait. Docteur en Chirurgie Dentaire. Docteur en Sciences Odontologiques. Certificat d'Enseignement Supérieur en parodontologie Diplômé Universitaire en Chirurgie Buccale de Paris V. Diplômé Universitaire en Parodontologie de Paris VII. Ex-Assistant à la Faculté de Chirurgie Dentaire de Paris V. Ex-Assistant en Odontologie des Hôpitaux de Paris. Titulaire du Diplôme d'Etudes et de Recherches en Sciences Odontologiques. Ex Chargé de cours au Diplôme Universitaire d'Implantologie Paris V .Ex-enseignant auprès des écoles d’Assistantes Dentaires et d'Infirmières. Ex-Expert auprès de la Sécurité Sociale. Ex-Chef de Service de Parodontologie à l'Institut Eastman de Paris. Ex-Attaché de Consultation au Service de Stomatologie de l'Hôpital Ste.Anne à Paris. A fait des stages de formation en occlusodontie avec le Pr. JANKELSON et avec et le Pr. RAMFJORD. Co-auteur et responsable de publication du livre publié en 1989 en français et en italien, aux Editions Masson : "Manuel d'Odontologie Chirurgicale"(épuisé). Retraité depuis 2001. Service Militaire 1960-62 en temps qu'officier de réserve du Service de Santé. A exercé à Paris pendant 38 ans, et depuis 1976 exclusivement la stomatologie, à l'exclusion de toute prothèse ou soins dentaires: c'est à dire surtout la Chirurgie Buccale, Pathologie et Thérapeutiques, Parodontologie et Implantologie. A fait 18 ans de psychanalyse personnelle et des formations en hypnose, sophrologie, training autogène, Gestalt-thérapie, bio-energie, sexologie, et dynamique de groupe. Son fils Jean Philippe Hauteville, Prothésiste Conseil, apporte sa collaboration à la réalisation de ce blog, au niveau de tout ce qui concerne la prothèse dentaire. Le Dr. Hauteville, retraité depuis 2001 souhaite mettre ses connaissances et son expérience à la disposition de tous ceux qui le désirent, professionnels ou grand public, et répondre aux questions que voudront poser les lecteurs directement sur le blog. Publier des articles, regroupant les réponses aux interrogations des patients durant 40 ans, et des cours pour les étudiants en odontologie rendus accessibles à tous.

6 COMMENTS

  1. En tant que « Monsieur P », inspirateur du sujet, à moi l’honneur du premier commentaire. Oui, Cher Docteur Hauteville, vous avez répondu aux questions. Il faudra sans doute y revenir au fur et à mesure des cas de descellements mais, pour l’essentiel, c’est « pigé ».

    Pour vos lecteurs, un complément qui n’est pas dans votre registre sur ce blog.

    L’assurance maladie ne veut pas entendre parler de re-scellement. Enfin si, elle veut bien (l’acte, comme tous les actes maintenant, est dans la nomenclature) mais non remboursable. De ce fait, à honoraires libres et entente directe avec le patient.

    Souvent, les praticiens font ça gratuitement (si ce sont eux qui ont posé récemment la pièce prothétique, peut-être qu’ils n’ont pas trop la conscience tranquille) ou pour le prix d’une consultation (23 €) qui, de notoriété publique, ne couvre pas les frais de fonctionnement d’un cabinet. Je me demande d’ailleurs si le coût de revient de ces matériaux de scellement n’obère pas très largement le tarif de la consultation. En honoraires libres, avec tact et mesure comme il se doit, un praticien devrait sans doute demander 50 € pour un re-scellement même si, hélas pour le patient, ce dernier ne trouvera aucun organisme d’assurance maladie pour le rembourser (y compris assurance complémentaire santé / Mutuelle). C’est pourtant, d’une certaine façon, un acte prothétique. Car à quoi bon avoir un prothèse fixe en bouche si… elle n’est pas fixe ! Comme je dis souvent : les voies de la sécurité sociale sont impénétrables.

    Je crois avoir précédemment lu (sur votre blog ?) que le sort naturel d’une prothèse fixe (notamment inlay/onlay core) était de de se desceller à l’horizon d’une dizaine d’années. Et que finalement ce n’était pas si malheureux que ça car ça permettait de faire le point. Vous confirmez ?

    • Je confirme que, personnellement, en tant que parodontologiste, je souhaiterais que les prothèses se descellent au moins tous les 2 ans.

  2. bonjour , et merci de votre écoute
    actuellement au Maroc ( confinement) j’ai vu un dentiste car douleurs gencives (modere ) sous un bridge . la radio montre des canaux vides qu’ils faudrait traiter ( le bridge a 15 ans ) le praticien propose de traiter les racines en percant les dents sans desceller ,et reboucher.. connaise vous cette technique? il dit que c’est simple ? qu’il a pratiqué ca en Russie . je suis craintive. ne peux me rendre en france pour voir mon dentiste.
    merci de votre aide. cordialement.

    • Oui c’est une technique très valable et économique car on ne dépose pas le bridge. Il faudra quand même le refaire dès que vous pourrez.

  3. Bonjour Dr Albert Hauteville,

    Je viens de lire qu’il est aisé la dépose d’un bridge sur implant (le desceller )
    Janvier 2019
    Sur mâchoire inférieur pose de quatre implants coté droit. (anesthésie local aucune douleur et bonne cicatrisation ! )
    le problème est que la confection du bridge sur implants est trop bas rapport au coté gauche.
    donc meulage répété sur le coté droit de la prothèse complète supérieur droit (haut).
    suite à la fracture de cette dernière elle a été réparer avec un fil métal en renforcement.
    Mon chirurgien dentiste m’a informer ne plus vouloir me soigné.
    Il s’avère après examen que je souffre d’un SADAM ( mal articulaire mâchoire,mots de tête,douleurs cervicales, trapèzes exc ).
    merci d’avoir prie le temps de me lire.
    que me conseiller vous face à cette situation et mon mal être.
    Respectueuses salutation
    Communal Lucien

    • Je n’ai pas compris quel est votre problème ni quelle est votre question. Je n’ai pas non plus compris pourquoi votre dentiste ne veut plus vous soigner. Il faudrait être plus clair et plus précis dans vos explications

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