PULPE ET PULPITES DENTAIRES.

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Pulpe et pulpites: il y a encore trop de confusion sur ces sujets et je vois qu’il faut encore clarifier les explications pour éliminer les idées fausses qui circulent sur le net.

Je vais donc refaire un exposé complet sur ce sujet, qui servira aussi pour les étudiants.

Les deux causes principales de lésions de la pulpe des dents, sont la caries, et les traumatismes mécaniques ou chimiques des dents.

Tout d’abord revoyons un peu l’anatomie, l’histologie et la physiologie de la pulpe, cela nous aidera à mieux comprendre la pathologie.

QU’EST QUE LA PULPE DENTAIRE?

1° ANATOMIE DE LA PULPE.

Comme on le voit sur cette coupe d'une molaire inférieure, la pulpe est le coeur de la dent et contient essentiellement les nerfs et les vaisseaux.
Comme on le voit sur cette coupe d’une molaire inférieure, la pulpe est le cœur de la dent et contient essentiellement des nerfs et des vaisseaux.

Nous verrons plus loin qu’elle contient différentes sortes de cellules.
Notons tout de suite, que cet organe pulpaire est alimenté par un passage très étroit à la pointe de la racine (apex)passant par un trou très étroit, le foramen apical.

Anatomie détaillée de la pulpe d'une molaire inférieure.
Anatomie détaillée de la pulpe d’une molaire inférieure.

La partie la plus importante de la pulpe est la « chambre pulpaire » dont le plafond présente des excroissances correspondant aux cuspides: les « cornes pulpaires ». Le « plancher pulpaire » donne naissance aux canaux radiculaires qui contiennent la « pulpe radiculaire »qui se rétrécit de plus en plus pour passer par le trou qui s’appelle le « foramen apical ».
Ce qu’il faut remarquer du croquis ci-dessus, pour bien comprendre le processus de la pulpite, c’est d’une part le peu d’épaisseur de la dentine au dessus des cornes pulpaires, et d’autre part la finesse du foramen apical par lequel passent tous les vaisseaux qui irriguent la dent.

2° HISTOLOGIE DE LA PULPE.
La pulpe est un tissu très vascularisé et innervé, contenant de nombreuses fibres conjonctives, des cellules diverses, dont les odontoblastes qui génèrent la dentine, des fibroblastes qui fabriquent les fibres de collagène, et les fibres élastiques, ainsi que des cellules sanguines de défense immunitaire. La matière fondamentale est formée de protéines et de glycoprotéines.

Zone de production de la dentine par les odontoplaste dans la pulpe (gersite.com).
Zone de production de la dentine par les odontoplastes dans la pulpe (gersite.com).

Ce sont les odontoblastes, alignés à la limite entre la pulpe et la dentine qui fabriquent la dentine et qui sont susceptible de réparer une lésion des tissus durs. Mais cette réparation se fait vers l’intérieur, c’est à dire que les odontoblastes reculent et le volume de la pulpe diminue: d’où une rétraction de cornes pulpaires, et un rétrécissement des canaux pulpaires, sous l’effet des agressions et, dans une certaine mesure, avec l’age.
La masse de la pulpe est riche en vaisseaux capillaires, en terminaisons nerveuses, et en fibres élastiques.

3° PHYSIOLOGIE DE LA PULPE.
La pulpe est l’équivalent de la moelle osseuse, c’est la partie la plus active de la dent, chargée d’entretenir la « vie » de la dent, d’où le terme de « dévitaliser » une dent lorsque qu’on retire le tissu pulpaire, et de dent « morte » ou « mortifiée »en cas de « nécrose » pulpaire.
La particularité de la pulpe est d’être un tissu mou, élastique, enfermé dans un espace de tissus durs, rigides, de volume fixe, alors que le volume de la pulpe elle même peut varier en fonction de la quantité de sang qu’elle contient.
Les variations thermiques vont provoquer des vasodilatations ou des vasoconstrictions intrapulpaire qui vont faire varier le volume de la pulpe dans une cavité qui ne change pas de volume. D’où une compression ou décompression des terminaisons nerveuses qui vont transmettre des signaux douloureux au cerveau.

La pulpe n’est pas la seule partie « vivante » de l’organe dentaire, il y a aussi le ligament alvéolodaire ou « desmodonte » qui est lui aussi très richement innervé et irrigué.  Il existe une étroite relation pulpe/desmodonte. Toute compression du desmodonte va écraser les vaisseaux qui pénètrent dans le foramen apical et entraîner une diminution du flux sanguin pulpaire (ischémie). L’inflammation du desmodonte provoquera une hyperhémie dans un premier temps, puis une ischémie par congestion de la pulpe.

PATHOLOGIE DE LA PULPE DENTAIRE.
Diagnostic, sémiologie, classification et pronostic des pulpites.

LE DIAGNOSTIC des pulpites dépend essentiellement des tests que l’on fait subir à la dent pour évaluer l’état de la pulpe.

1°Tests thermiques.
– Froid
: mettez un coton tige mouillé au congélateur pendant 1 à 2 heures et appliquez le sur la dent à tester, en faisant bien attention de ne toucher que cette dent, et attendez qu’une douleur se déclenche.
Si la douleur est tout de suite violente = pulpite.
Si la douleur met un petit laps de temps à se déclencher et est « raisonnable » = normal.
Si la douleur met plusieurs secondes à arriver et est faible = calcification de la pulpe.
Si malgré votre insistance il n’y a aucune douleur = mortification.
– Chaud: mettez 1 minute au four au micro-ondes un coton-tige imprégné d’eau et faites les mêmes tests que pour le froid.
2°Tests électriques:
Certaines dents vivantes sont très calcifiées et ne réagissent pas aux test thermiques, il faut alors utiliser un « pulp tester » qui envoie des chocs électriques, mais seuls les dentistes ont cet appareil.
3° Tests mécaniques.
– Pression
: prenez une baguette en bois (crayon ou baguette chinoise) et serrez les dents dessus en sélectionnant dent par dent. Vous verrez si elle est douloureuse à la pression.
– Percussion: avec le manche métallique d’un couteau, percutez latéralement vos dents, puis verticalement, et évaluez la différence entre les dents saines et celle à tester.
– Mobilisation: prenez la dent entre le pouce et l’index et mobilisez la, vous verrez si ça fait mal et  si elle est mobile.
Mobilité 1, mobilité latérale perceptible au toucher = normal
Mobilité 2, mobilité latérale moins d’un mm
Mobilité 3, mobilité latérale plus d’un mm
Mobilité 4, mobilité axiale = phase terminale, dent à extraire.

CLASSIFICATION ET SÉMIOLOGIE.

1° EFFRACTION ACCIDENTELLE DE LA PULPE.
En cours de soin d’une carie, ou lors de la taille d’un inlay ou d’une couronne sur dent vivante, il peut arriver qu’une corne pulpaire soit effleurée par la fraise de l’opérateur, il n’y alors pas encore de pulpite, mais l’absence de digue va inévitablement  provoquer une contamination bactérienne et la pulpite va se déclencher. Il faut donc poser tout de suite une digue, procéder à une désinfection soigneuse et non agressives pour la pulpe. On pourra alors considérer qu’il s’agit d’une pulpite réversible et agir en conséquence.

2° PULPITE AIGUË RÉVERSIBLE:

Pulpite séreuse partielle ou pulpite sub-aiguë.

Si une carie profonde (dentinite profonde) atteint la pulpe ou s’en approche de trop, la dent se trouve contaminée par les bactéries présentes dans la cavité et il y a inflammation de la pulpe.
Comme pour toute inflammation, le corps réagit en augmentant l’irrigation sanguine (hypérhémie) : les vaisseaux sanguins se dilatent, et le processus de pulpite est enclenché.
La dent présente une sensibilité à la température supérieure à la moyenne. L’air frais au contact de la dent suffit déjà à déclencher la douleur. Dans le cas d’une pulpite aiguë séreuse, la dilatation des vaisseaux capillaires entraîne l’apparition de granulocytes et de sérum. A ce stade la pulpite peut encore être réversible. Les douleurs sont surtout provoquées et commencent à être spontanées.
Dans le cas d’une pulpite aiguë réversible , la dent réagit au sucré, au froid et au chaud. Les douleurs ne sont que de courte durée. Le test de sensibilité est positif.  La vitalité pulpaire peut être préservée. Cette forme aiguë de la pulpite est encore réversible.
En l’absence de soins, la pulpite aiguë  évolue en pulpite séreuse totale qui n’est pas  réversible.

3°PULPITES NON RÉVERSIBLES.
C’est la rage de dents difficilement supportable.  Les douleurs sont violentes surtout en position couchée ou lorsque le patient baisse la tête. La douleur est généralement exacerbée par le froid et le chaud, ou curieusement par fois soulagée par le froid ou le chaud.

La pulpite aiguë suppurée ou pulpite jaune est due à l’activation des enzymes protéolytiques à l’origine d’une formation de pus ; elle se caractérise par des douleurs intenses. A ce stade la dent commence à être sensible à la percussion latérale.

La pulpite chronique s’installe avec des crises douloureuses sporadiques qui finissent par disparaître progressivement car on arrive à la nécrose pulpaire. Il peut exister une pulpite hyperplasique bourgeonnante avec un polype qui envahit la cavité de la carie et peut même déborder en dehors.
La pulpite peut revêtir deux aspects: la pulpite aiguë (la rage de dents) ou la pulpite chronique. La pulpite aiguë cause une des douleurs les plus intolérables qui soient et ne passe donc jamais inaperçue, elle oblige à la dévitalisation, c’est à dire l’amputation de l’organe pulpaire. Ce n’est pas le cas de la pulpite chronique qui donne des petites douleurs intermittentes et parfois pas de douleurs du tout. En l’absence de traitement l’une comme l’autre aboutissent à la mortification de la pulpe, pourquoi?
Parce que la pulpe se trouve logée dans une cavité non extensible et qu’elle est alimentée par un paquet vasculo-nerveux qui passe par un étranglement,  le foramen apical, situation qui ne permet aucune vasodilatation ou hyperhémie qui favoriserait un processus de  cicatrisation. Au contraire, un afflux sanguin bloque la circulation et aboutit à la nécrose pulpaire par asphyxie.
La non-élasticité de la dent contraste avec l’élasticité du ligament desmodontal. Sous l’effet d’un traumatisme brutal ou d’un micro-traumatisme répété, la dent bouge ou s’enfonce dans son alvéole. Le paquet vasculo-nerveux peut être sectionné, étiré ou écrasé de façon brutale ou répétitive et progressive. Le résultat final est le même: la pulpe se mortifie. Un traumatisme brutal, ou un micro-traumatisme répété aboutissent à une mortification pulpaire.
La « pulpite a retro »
est une inflammation d’origine parodontale, l’invasion bactérienne se faisant par le desmodonte provocant une congestion à l’apex de la dent qui obture le foramen apical ce qui entraîne la pulpite et la nécrose.
La gangrène gazeuse pulpaire est l’infection de la pulpe par des bactéries anaérobies (clostridium perfringens) qui se caractérise par le dégagement d’une odeur putride très forte, qui peut occasionner un oedème gazeux par emphysème de tissus mous environnants la dent causale (œdème volumineux, dur, et crépitant).

Après la nécrose pulpaire commencent les complications apicales qui sont hors du sujet des pulpites.

TRAITEMENTS DES PULPITES

1° EXPOSITION TRAUMATIQUE DE LA PULPE:TRAITEMENT.

Comme nous l’avons vu plus haut, une effraction accidentelle d’une corne pulpaire peut se faire lors de la fracture traumatique d’une dent, où lors de tailles pour diverses raisons d’une dent par un praticien.
Dans ce cas là, le coiffage « direct » de la pulpe est le traitement de choix.
Évidemment, le travail doit être fait sous digue, à l’abri total de la salive et dans des conditions d’asepsie parfaites.
Une anesthésie locale peut être nécessaire, mais parfois on peut s’en passer.
Laver la dent et la cavité au sérum physiologique stérile, puis avec une solution de chlorhexidine à 0,05 % pour désinfecter.
Il est important que la pulpe ne saigne plus au moment du coiffage, il faut donc maîtriser le saignement par tamponnement avec des boulettes de coton stériles.
Recouvrir la corne pulpaire avec de l’hydroxyde de calcium Ca(OH)².
Poser un fond de ciment épais de 2 mm en verre ionomère, et lorsqu’il est pris, poser par dessus un composite.
En cas de fracture de la couronne on peut recoller le fragment s’il a été récupéré.
Le taux de réussite est de 92% à 3 ans.UFR Rennes 1

2° PULPITES RÉVERSIBLES:TRAITEMENT.

La difficulté est d’apprécier la réversibilité de la pulpite, et le degrés d’infiltration de la dentine au contact de la corne pulpaire. La technique du coiffage indirect est exactement la même que celle indiquée plus haut, sauf que le taux de réussite tombe à 35 % justement en raison des difficultés évoquées.
La technique consiste à poser, dans les même conditions que pour le coiffage direct (digue, asepsie…etc…) un pansement provisoire pour 6 à 8 semaines, qui peut être du KASLOGEN, un peu compliqué à poser, ou de l’IRM.
Au bout du délai, la dent est testée, et si tout va bien, on taille une cavité en laissant une partie du pansement au fond au contact de la corne pulpaire. Rappelons en passant, que le fond de cavité ne peut pas être un eugénate si on pose un composite par dessus car l’eugénol empèche la prise du composite: il faut donc interposer un ciment verre-ionomère.

Coiffage indirecte (slideshare)
Coiffage indirect (slideshare)

3° PULPITES IRRÉVERSIBLES: TRAITEMENT.

Dans les cas de pulpites irréversible, la pulpectomie et le traitement canalaire sont inévitable: c’est ce qu’on appelle la « dévitalisation » de la dent.
Le déclenchement du processus inflammatoire, puis l’envahissement bactérien de la pulpe, ou la suppuration, rendent toute conservation vitale de la pulpe impossible.
Pour les pulpites inflammatoires nombreuses tentatives de pulpotomies ont été tentées, mais les indications et le poucentage de réussites restent bas car la méthode est peu sûre.

3° LA PULPOTOMIE.

Qu’est-ce que la pulpotomie?
La pulpotomie est l’éviction partielle de la pulpe d’une dent, en opposition avec la pulpectomie qui est l’exérèse de toute la pulpe dentaire. On ne retire que la pulpe de la chambre pulpaire et on laisse la pulpe des canaux radiculaires. On remplit alors la chambre pulpaire avec un ciment spécial à base d’hydroxyde de calcium, pour conserver la vitalité de la pulpe radiculaire. Malheureusement 9 fois sur 10, au bout de quelques années la pulpe radiculaire se nécrose et la dent s’infecte.
Le principe est le même que pour le coiffage pulpaire: mettre au contact de la pulpe un produit qui permette aux odontoblastes de produire de la dentine.

Pulpotomie (wikipedia)
Pulpotomie (wikipedia)
Radiographie de dent traitée par pulpotomie (eugenol.com)
Radiographie de dent temporaire traitée par pulpotomie (eugenol.com)

L’obturation de la chambre pulpaire se fait avec un hydroxyde de calcium.
Cette technique très aléatoire garde des indications restreintes:
– dents temporaires non infectées
– pulpe saine exposée après traumatisme
– dent monoradiculée rectiligne à canal radiculaire large
– dent immature à apex ouvert, en attendant une meilleure fermeture de l’apex.

4° LA NÉCROSE PULPAIRE: TRAITEMENT.

Pourquoi une dent mortifiée ou dévitalisée devient-elle grise?
La pulpe est très irriguée, les globules rouges qui contiennent de l’hémoglobine infiltrent les fibrilles de la dentine. Lorsque la pulpe est détruite, les globules restent dans les fibrilles et l’hémoglobine  dégénère, comme dans un hématome, en donnant des composés colorés foncés en bleu, jaune, et vert (bilirubine, biliverdine, rubigine) ce qui donne  à la dent un reflet grisâtre ou verdâtre, parfois bleuâtre.
Toute dent qui devient grise spontanément est suspecte de mortification et doit être examinée très attentivement.
Une dent mortifiée doit obligatoirement recevoir un traitement radiculaire, sinon elle s’infectera inéluctablement.

Je reçois régulièrement des messages me disant qu’il faut « dévitaliser » une dent mortifiée! ON NE PEUT PAS DÉVITALISER UNE DENT MORTE!!! On doit faire un traitement radiculaire « endodontique ».
Pour être plus clair, il faudrait remplacer, pour le grand public, le terme « dévitaliser » par le terme « dépulper », ou parler d’une « amputation pulpaire » d’une dent qu’elle soit vivante ou morte.

Le blanchiment des dents dépulpées peut maintenant se faire par voie interne en utilisant du peroxyde d’hydrogène très concentré dans la chambre pulpaire. Malheureusement le résultat n’est pas stable, il faut le refaire tous les ans. La solution de la pose d’une facette en céramique semble plus durable.

Et pour en terminer avec le bêtises qu’on lit sur internet, voici le refrain:

FAUT-IL EXTRAIRE TOUTES LES DENTS DÉVITALISÉES?

Cette question me paraît tellement incongrue que j’ai longtemps hésité à la poser, mais il faut y répondre : trop d’idées fausses circulent sur internet, il faut faire le point sur le sujet de façon sérieuse.
Tout d’abord je voudrais préciser une chose: dévitaliser une dent est un échec, c’est parce que nous ne savons pas (encore) faire autrement que nous dévitalisons une dent. L’idéal serait de pouvoir soigner la pulpe, ou de pouvoir greffer du tissu pulpaire lorsque celle-ci est endommagée. Mais nous ne savons pas encore le faire, espérons que ce sera pour bientôt. Évidemment, l’homme a cherché d’abord à apprendre à greffer un cœur ou un rein plutôt qu’une pulpe dentaire.
Mais bientôt avec les cellules souche…ce sera sans doute possible!
L’argument qu’on lit sans arrêt sur internet disant qu’une dent dévitalisée est un corps mort, est faux: la dent a deux voies d’irrigation et d’innervation, la pulpe et le desmodonte. Quand la pulpe est morte, il y a encore le parodonte.
Par contre un implant n’a pas de parodonte et est vraiment un corps mort. Alors quand je lis sur internet qu’il faut extraire les dents dévitaliser pour les remplacer par des implants…les bras m’en tombent!!!
Quand aux dents dévtalisées qui donnent des cancers, comme le dit un article qui circule sur internet, cela est complètement farfelu, puisque l’étude montre que les cancéreux ont des dents dévitalisées; mais 90% de la population a des dents dévitalisées, et il faudrait comptabiliser ceux qui n’ont pas de cancer! On pourrait ainsi prouver que ceux qui ont des dents dévitalisées n’ont pas de cancer…c’est absurde!!!

Il n’en reste pas moins que les dents mal obturées sont un grand danger pour la santé.
Tout traitement endodontique doit aboutir à une obturation canalaire totale et étanche: tout manquement à cette règle amènera fatalement, tôt ou tard, à des complications locales ou à distance plus ou moins graves.

 ALORS, FAUT-IL EXTRAIRE LES DENTS MAL OBTURÉES?

Ma réponse est « non », bien sûr, il ne faut pas extraire systématiquement les dents mal obturées, il faut faire reprendre les mauvais traitements endodontiques  par des endodontistes qualifiés et compétents travaillant au microscope.
En cas d’échec définitif, là se posera la question de l’extraction.

J’espère cette fois ci en avoir fini avec ce sujet: je crois que tout est dit.
Si les professionnels trouvent des manques où des erreurs, je les invite vivement à mettre des commentaires rectificatifs. Comme je ne cesse de le dire, ce blog est ouvert à tous, et notre profession ne peut  qu’y gagner dans l’image du public. Il faut une information claire et sincère: ceux qui ne veulent pas informer sont ceux qui ont quelque chose à cacher!…

DENT PROVISOIRE IMMÉDIATE.

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Comment faire soi même une dent provisoire?
Voilà la question qui m’a été posée plus d’une fois. Je doute que n’importe quel lecteur puisse se procurer les produits nécessaires pour y arriver…je reformule donc la question autrement:
comment faire une dent provisoire immédiatement au cabinet dentaire?

Quelle sont les raisons pour lesquelles il faut poser une dent provisoire?
Socialement, il n’est plus question pour personne de rester ne serait-ce qu’une journée avec une dent de devant manquante! Donc il faut trouver une solution…
– Une dent se fracture brusquement soit parce qu’elle est cariée, soit à la suite d’un choc…
– Une dent à pivot doit être posée, mais entre les essayages il faut poser une dent provisoire…
– vous avez une dent à pivot mais elle se descelle et vous la perdez…

Les étapes pour confectionner une dent à pivot.
Les étapes pour confectionner une dent à pivot.

1- Il faut que la dent soit dévitalisée et correctement obturée: il est donc raisonnable de faire une radio avant toute chose pour s’en assurer.

2- On élargit le canal avec des forets manuels, puis avec une fraise conique, puis avec un foret calibré (foret Mooser).

Fraise et foret MOOSER.
Fraise et foret MOOSER.

3- On ajuste le pivot correspondant au foret utilisé. Le pivot s’appelle aussi « tenon ».

Tenon Mooser.
Tenon Mooser.
Forets et tenons Mooser.
Forets et tenons Mooser.

4- On choisit et on ajuste un moule

Moules transparents ODUS.
Moules transparents ODUS.
Moules transparents.
Moules transparents.
Coffret complet de couronnes provisoires.
Coffret complet de couronnes provisoires.
Couronnes provisoires ION en polycarbonate.
Couronnes provisoires ION en polycarbonate.

5- On insère le pivot dans la racine, et on remplit le moule de résine liquide de la bonne teinte

Résine dentaire vendue par AMAZON.
Résine dentaire vendue par AMAZON.

On maintient en place le temps de prise de la résine en retirant les bavures sous la gencive.

6- Quand tout est durci on retire l’ensemble de la dent à pivot avec le tenon, et on adoucit le bords.

7- On scelle avec un ciment provisoire

Ciment de scellement dentaire provisoire.
Ciment de scellement dentaire provisoire.

Les kits d’urgence DENTAPASS ( dentapass.com) et MEDIDENT (laboratoire-medident.fr) contiennent des ciments de scellement provisoires pour les dents.

LES CHÉILITES: PATHOLOGIE DES LÈVRES.

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La chéilite est une inflammation des lèvres buccales, due à des causes variées.
Elle touche souvent les musiciens utilisant des instruments à vent buccaux, et les sportifs et navigateurs exposés au soleil et aux intempéries.
Les enfants sont plus sujets aux chéilites que les adultes. Les statistiques disent que les chéilite touchent plus les femmes que les hommes, et surtout entre 20 et 40 ans.

Le terme « Cheilitis » n’indique pas un diagnostic, c’est une désignation de toutes les pathologies des lèvres, à commencer par les simples « gerçures » ou « crevasses » hivernales, pour aboutir à des pathologies précancéreuses, en passant par le « muguet » ou perlèche.
Les carences en vitamines B 2 et C sont souvent incriminées.

Lèvres-gercées (santé total)
Lèvres-gercées (santé total)
  • 1° CHÉILITES INDÉPENDANTES DITES « PRIMAIRE »
    –   
    Chélite glandulaire: causée par un défaut congénital ou acquis des glandes salivaires annexes des lèvres, qui sont hyperplasiques.
Chéilite glandulaire (JIM).
Chéilite glandulaire (JIM).

Les autres facteurs étiologiques sont  le tartre, maladie parodontale, la carie dentaire et d’autres maladies infectieuses. Caractéristiques de l’âge de 30 ans, avec le plus  de fréquence la lèvre inférieure.

        –   Chéilite exfoliatrice:

Chélite exfoliatrice (information dentaire)
Chélite exfoliatrice (information dentaire)

« La chéilite factice est un état chronique caractérisé par des lésions squameuses labiales. Elles ont été attribuées à des traumatismes inconscients comme des morsures ou le passage répété de la langue. Elles sont atypiques et parfois hémorragiques, pouvant aller jusqu’à prendre un aspect de malignité. Certaines études mettent en évidence une prépondérance chez des femmes jeunes, bien que des chéilites factices soient retrouvées dans tous les groupes, ethniques d’âge ou de sexe. Si la pathogénie exacte reste obscure, l’existence d’un désordre psychiatrique ou d’un trouble de la personnalité sous-jacent est suspectée. Dans le cas décrit, l’amélioration de l’anxiété du patient s’est accompagnée d’une amélioration de la chéilite. » (INFORMATION DENTAIRE)

–    Chélite allergique de contact: surtout chez les femmes à cause de l’utilisation de rouge à lèvres.

Chéilite allergique (scottsarber.com).
Chéilite allergique (scottsarber.com).

–   Chéilite traumatique des instruments à vent:

Chélite traumatique instrument à embouchure (medecinedesarts.com).
Chéilite traumatique d’un instrument à embouchure (medecinedesarts.com).

Anche2

 

Instrument à anche (atlasdedermatologie.com)
Instrument à anche (atlasdedermatologie.com)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       –   Chéilite actinique:
Affection à potentiel dégénératif due une une lésion de l’ADN consécutive à une exposition solaire prolongée. Touche plus les hommes que les femmes.  

Chéilite actinique (our).
Chéilite actinique (our).

Le tabagisme et une mauvaise hygiène entrent dans l’étiologie de cette affection.

Cheilite actinique tabagique (dermatologie.free.fr).
Cheilite actinique tabagique (dermatologie.free.fr).

La chéilite se manifeste par une atrophie du rebord du vermillon de la lèvre inférieure avec un érythème persistent. Des ulcérations et des fissures peuvent également être notées.
L’histologie montre une hyperkératose. Dans les formes avancée une biopsie est justifiée pour s’assurer qu’il n’y a pas de dégénérescence cancéreuse. La dégénérescence se fait sous forme de carcinome épidermoïde.

Carcinome épidermoïde(our).
Carcinome épidermoïde(our).

       –   Chéilite mycosique commissurale

Chélite commissurale candidosique (jcda.ca).
Chélite commissurale candidosique (jcda.ca).

Aussi appelé « muguet ou « perlèche », l’agent infectant est le candida albicans, mais il y a souvent une surinfection bactérienne.

– Lichen plan de la lèvre:  

Lichen plan de la lèvre (lecourrierdudentiste).
Lichen plan de la lèvre (lecourrierdudentiste).
  • 2° CHÉITITES SYMPTOMATIQUE « SECONDAIRE »

– Chéilite atopique:
Ce sont des manifestations de dermatites diverse qui se manifestent sur les lèvres

Chéilite atopique (atlasdedermatologieprofessionnelle.com).
Chéilite atopique (atlasdedermatologieprofessionnelle.com).

– Chélite eczémateuse:
C’est une manifestation atopique d’un eczéma dermique.

Chélite eczémateuse (dermis)
Chélite eczémateuse (dermis)

– Chéilite pasoriasique:

Une chéilite peut apparaître au décours d’un psoriasis

Chéilite psoriasique.
Chéilite psoriasique.

– Chéilite médicamenteuse:
provoquée par certains médicaments.

Chéilite médicamenteuse (lecourrierdudentiste.com).
Chéilite médicamenteuse (lecourrierdudentiste.com).

– Oedème de Quincke:

Oedème de Quincke de la lèvre (3.chu-rouen-1).
Oedème de Quincke de la lèvre inférieure (3.chu-rouen-1).

Manifestation allergique qui peut également se situer à la paupière ou dans le pharynx.

 – Syndromes de Lyell et Stevens-Johnson:
C’est une forme grave, potentiellement mortelle (15 %), d’érythème polymorphe, généralement due à la prise d’un médicament (sulfamides, anti inflammatoires).

Chéilite du syndrôme de Stevens et Johnson (dermis)
Chéilite du syndrôme de Stevens et Johnson (dermis)

 –   Herpès labial:

Herpès labial (medisite).
Herpès labial (medisite).

– La syphilis: le chancre d’inoculation syphilitique est surélevé et induré « en carte de visite ».

chancre syphilitique (slide player)
chancre syphilitique (slide player)

  Comme vous avez pu le constater, le terme « chéilite » est un peu « fourre-tout », et une classification claire est très difficile à trouver, ce qui complique le traitement, qui devra toujours tenir compte de la cause.

TRAITEMENT DES CHÉLITES:

Traitement étiologique: tout d’abord commencer par traiter la ou les causes. Et ensuite établir un traitement local approprié.
Quelle que soit la cause il faut la traiter, car le traitement symptomatique seul mènera inéluctablement à une récidive.

Traitement local:

  • pour les chélites glandulaires,on peut détruire les glandes incriminée à l’électrocoagulation, au laser, à la torche à plasma ou par exérèse au bistouri.
  •  pour les chélites actiniques il faut faire systématiquement une biopsie, et recommander la protection totale des lèvres au soleil.
  • pour les chélites traumatiques, il faut protéger les lèvres avec une crème grasse lors de l’activité causale, et éliminer tous les tics de mordillement de succion ou de léchage.
  • pour les chéilites commissurales il faut se souvenir qu’elles  sont souvent plurifactorielles : immunodépression générale, macération et irritation locale, surinfection mycosique ou bactérienne.
  • pour les chélites secondaire il faudra un traitement spécifique à chaque maladie.

Le traitement local proprement dit:

  • des mesures d’hygiène douce,
  • un traitement émollient quotidien,
  • un traitement anti-inflammatoire topique pendant les poussées et éventuellement à titre de prévention des poussées.
    Un traitement par corticothérapie locale (clobétasol en crème) appliqué 2 fois par jour sur les lésions labiales sur les chéilites desquamatives, et allergiques, permet la disparition des lésions érythémato-érosives et croûteuses des lèvres après un mois de traitement.  Une surveillance tous les 6 mois  et des conseils de protection solaire doivent être prodigués.

    Mais il faut bien reconnaître, et les forums internet sont là pour le confirmer, les traitements ne sont pas toujours efficaces et de nombreuses recherches sont actuellement en cours pour tenter d’améliorer les résultats.

    Et comme toujours, ce sera encore la prévention qui aura le dernier mot!!!

LA BÉANCE TUBAIRE.

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Durant mes divers cursus universitaires, je n’ai jamais entendu parler de « béance tubaire »: ce n’est que pendant mon exercice hospitalier que j’ai su ce que c’est.
En réalité, le terme de « béance tubaire » peut s’appliquer a n’importe quel canal qui se termine par un « méat ». L’usage fait que lorsqu’on parle de béance tubaire on se réfère à la « béance tubaire de la trompe d’Eustache ».
Donc, il s’agit d’une mauvaise fermeture du méat de la trompe d’Eustache.

Comme depuis 6 ans, vous commencez à me connaître, vous savez donc que vous n’échapperez pas à un petit cours d’anatomie: qu’est-ce que la TROMPE D’EUSTACHE?

ANATOMIE.
La trompe d’Eustache met l’oreille moyenne en communication avec la gorge. Elle égalise la pression atmosphérique de part et d’autre du tympan et lui permet de vibrer de manière optimale.

La trompe d'Eustache fait communiquer l'oreille moyenne avec le pharynx. (a-votre-ecoute.fr)
La trompe d’Eustache fait communiquer l’oreille moyenne avec le pharynx. (a-votre-ecoute.fr)

PHYSIOLOGIE.
Normalement la trompe d’Eustache est plate, ce qui la ferme. Elle ne s’ouvre qu’en cas de nécessité pour un équilibrage des pressions. Si elle reste tout le temps ouverte, on parle de « béance ».
Les plongeurs connaissent bien la trompe d’Eustache, car il sont obligés de faire une manoeuvre particulière pour ne pas avoir horriblement mal aux oreilles: arrivés à 2 ou 3 mètres de profondeur, ils doivent se boucher le nez avec les doigts et souffler  par le nez pour ouvrir la trompe d’Eustache et rééquilibrer la pression. Ceci s’appelle la manoeuvre de Valsalva qui crée un « béance tubaire volontaire » (BTV).

Rééquilibrage se la pression en plongée (aquadomia.pro).
Rééquilibrage de la pression en plongée (aquadomia.pro).

PATHOLOGIE.
La « béance tubaire » (non volontaire) se manifeste par un signe très caractéristique: le patient entend sa propre voix et s’entend parler. Cette « autophonie » est assez dérangeante, pouvant même aller jusqu’à la dépression. Les autres symptômes de la béance tubaire sont : l’acouphène, et une sensation de plénitude dans l’oreille, qui malheureusement existent aussi dans les catarrhes tubaires.
A l’inverse, le « catarrhe tubaire »  est une hypersécrétion d’une trompe d’Eustache qui vient ainsi l’obstruer plus ou moins complètement, responsable d’une mauvaise aération de la caisse du tympan. Celle-ci se traduit par une baisse de l’acuité auditive, des rétentions de sérosités derrière le tympan (otite séreuse )…
Les symptômes sont très voisins de la béance et il convient de faire le bon diagnostic car les traitements sont opposés…Le signe distinctif semble être l’autophonie dans la béance tubaire.

ÉTIOLOGIE (CAUSES).
Les causes varient d’un individu à l’autre: une cause souvent évoquée est la perte subite et importante de poids dans les régimes amaigrissants, les tissus mous n’étant plus soutenus. Toute les causes de déshydratations ont été évoquées, sport, canicule, excès de café, problèmes hormonaux (grossesse et ménopause).
Le RGO(reflux gastro oesophagien) peut à l’origine de béance ou de catarrhes.
La raison qui m’amène à traiter de ce sujet, alors qu’il ne relève pas de ma spécialité, est que j’ai eu de nombreux témoignages de personnes ayant eu une béance tubaire, après traitement d’orthodontie, extractions de dents de sagesse du haut ou fractures de la tubérosité. Je demande donc aux lecteurs concernés de témoigner aussi, pour, peut être, faire faire un progrès dans la connaissance des causes de cette pathologie.

TRAITEMENTS.
Comme je l’ai laissé entendre plus haut, il va falloir faire attention de faire le bon diagnostic entre béance tubaire et catarrhes tubaires car le but du traitement sera de rétrécir la trompe d’Eustache dans le premier cas et de l’élargir dans le deuxième cas.
Des traitements chirurgicaux existent dans les deux cas, et semblent donner des résultats satisfaisants. Mais en tant que chirurgien, sachant qu’il n’existe pas d’intervention chirurgicale à risque zéro, je conseille vivement à mes lecteurs de tenter d’abord des méthodes moins irréversibles, comme la gymnastique de rééducation. Cette gymnastique est assez complexe et je me contenterai de vous donner un lien pour aller voir ce que c’est:
http://apsavo.fr/doc/BTV.pdf

Je pense à peu près avoir fait le tour de la question, et j’espère vous avoir intéressés, mais en tout cas, moi, j’ai énormément amélioré mes connaissances en écrivant cet article…

 

 

 

LA GESTUELLE DU DENTISTE ET DE SON AIDE OPÉRATOIRE.

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Les gestes que fait le dentiste, c’est à dire sa gestuelle, sont très importants pour les patients, mais aucun enseignement n’en tient compte.

Il faut écouter ce que disent les gens en parlant de leur dentiste: c’est très instructif. Ils disent « il a la main légère » ou il « a la main lourde ». J’en entend qui disent, lorsqu’il ont eu une extraction difficile « qu’il a posé son genou sur la poitrine pour prendre un point d’appui ». Ce matin, dans mes commentaires, une lectrice disait que son chirurgien  » avait abîmé la lèvre en travaillant sur sa gencive ».
Bien sûr que cela fait deux siècles qu’aucun dentiste n’a posé le genou sur la poitrine d’un patient!!!
Bien sûr que la lèvre de la patiente a été tuméfiée par l’écarteur qui permet d’éloigner la lèvre pour ne pas la blesser…mais il faut quand même « entendre » ce qu’ils disent: ils disent qu’ils nous vivent comme extrêmement agressifs!!!

Il faut donc que nos gestes soient étudiés et mesurés pour désamorcer le processus sado-masochiste. Toute notre attitude doit être bienveillante.

Déjà, il ne faut pas sentir le tabac, ni la vinasse, ni l’ail, ni la transpiration!!!

Ensuite, il faut que nous soyons nous même calmes et mesurés, même si nous sommes pressés par le temps. Lorsque que nous devons toucher un patient, le geste doit être mesuré et ralenti au contact: on ne peut pas demander au patient de tourner la tête à gauche en la lui poussant brutalement la tête à gauche! il faut accompagner gentiment le geste à la parole en lui touchant délicatement la joue.
On ne peut pas jeter les instruments sur la table opératoire: il faut les poser calmement!
On ne peut pas faire des reproches acerbes à son assistante devant le patient.

N’oublions pas que nous sommes des substituts de la MÈRE, nous devons avoir des gestes de « bonne mère ».
Et tout ceci est parfaitement valable pour l’assistant(e) opératoire aussi.

Malheureusement, je n’ai jamais entendu aucun enseignant tenir ce langage aux étudiants: heureusement qu’ils me lisent!!!

LE DENTISTE ET LA SOPHROLOGIE

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Qui plus que le dentiste, est confronté sans cesse à la douleur? C’est cette éternelle question qui l’a poussé sans cesse à dépasser cet obstacle.
Ce n’est pas un hasard si c’est un dentiste qui a découvert l’anesthésie générale, et ce sont surtout les dentistes qui ont promu la sophrologie.
Pire que la douleur, c’est la peur de la douleur, c’est à dire l’angoisse!
L’angoisse qui touche le tandem praticien-patient, car il ne faut pas croire que le praticien reste en dehors! Il est bel est bien impliqué dans le duo sado- masochiste!

Alain Giraud, Sophrologue,  a récemment publié un article, basé sur l’interview de deux dentistes faisant partie de la génération des pionniers de la sophrologie dentaire. Je vous le livre tel quel, dans son intégralité ( Santé Intégrative, N° 54 avr/mai/juin 17).

QUAND LA SOPHROLOGIE S’INVITE CHEZ LE DENTISTE.

Les odontologistes madrilènes (Dr Baldomero SOL, initiateur, sous l’impulsion du Dr CAYCEDO), furent les premiers praticiens à employer une sophrologie pratique et des sophronisations au cours de leurs interventions. Ce n’est pas un effet du hasard. Il n’est sans doute pas inutile de rappeler que le rôle de l’odontostomatologiste se complique particulièrement par une difficulté fondamentale dans sa relation avec le patient : le symbolisme de castration, la peur ancestrale du « dentiste », les rendez-vous souvent nombreux, les anesthésies locales parfois répétées, la nécessité de mutiler suivie de l’obligation presque constante d’inclure dans la bouche et même dans les maxillaires des corps étrangers à but prothétique et à vocation fonctionnelle sont autant de facteurs défavorables.

 

Depuis le Symposium de Lausanne (1973) la sophrologie est donc à la fois utilisée dans son sens le plus large (sophropédagogie) et dans le territoire paradoxalement réduit des maxillaires. Elle tend ainsi à transformer la pratique courante, aussi bien en cabinet dentaire qu’en salle d’opération et dans la suite logique représentée par la restauration prothétique dont l’importance fonctionnelle et sociale fondamentale doit être soulignée.

Aujourd’hui, la sophrologie intègre les disciplines dentaires et maxillo-faciales dans la science de l’homme et dans le cadre de l’acceptation du schéma corporel. Le spécialiste concerné doit avoir conscience de son rôle de thérapeute complet dont une certaine connaissance de la psychopathologie ne peut être totalement exclue.

Mentionnons d’abord ses répercussions sur la personnalité du praticien, qui ne peut prétendre être sophrologue sans avoir été sophronisé. L’odontologiste est le premier bénéficiaire des méthodes d’entraînement et de déconnexion. Outre l’expérience personnelle nécessaire à une application pratique rationnelle, la sophrologie permet une lutte efficace contre la fatigue provoquée par le métier lui-même et la tension nerveuse entretenue par les responsabilités supportées. Un praticien observant tout son calme provoquera chez son patient un relâchement appréciable.

Vous l’avez compris, la dentisterie est un domaine exigeant où le stress psychologique, la douleur du patient et les difficultés relationnelles sont des éléments omniprésents que le chirurgiens dentiste doit gérer au sein de son activité professionnelle. Pour en parler, j’ai le plaisir d’accueillir aujourd’hui dans « paroles de Sophrologues » deux invités. :

– Le Dr Albert Hauteville Docteur en chirurgie dentaire, Docteur en sciences odontologiques, co-auteur et responsable de publication du livre publié en 1989 en français et en italien, aux Editions Masson : « Manuel d’Odontologie Chirurgicale »(épuisé).
– Le Dr Jean-Pierre Hubert psychanalyste, bio énergéticien, chargé de cours à la Faculté de Médecine de Paris XII, auteur des livres fondamentaux sur la sophrologie depuis 1982, a écrit en 2010 un ouvrage conséquent sur « La sophranalyse » aux éditions L’Harmattan.

Alain Giraud : Tout le monde connaît le mythe de « l’arracheur de dents ». Peut-on dire encore aujourd’hui que les gens ont peur d’aller chez leur dentiste ?

Albert Hauteville : Je suis d’une génération où « la peur du dentiste » et l’hygiène bucco-dentaire lamentable des français faisaient des ravages sur le sourire national. En plus, la culpabilité inhérente à notre profession à cette époque m’a poussé à une recherche que les jeunes confrères n’ont probablement plus l’occasion d’entreprendre aujourd’hui.  La douleur n’est pas une chose insurmontable. Les bourreaux de l’inquisition et de la Gestapo le savaient bien. Ce qui est intolérable c’est l’angoisse qui l’accompagne. La souffrance physique ne suffit pas à faire craquer un individu, il faut l’humilier, le détruire psychologiquement. Si on retire l’angoisse, la douleur en elle même est parfaitement supportable, surtout actuellement avec tous les moyens d’anesthésie dont nous disposons. De plus, la douleur une fois passée ne laisse aucune trace, aucune séquelle, on arrive même à avoir des difficultés à se souvenir comment c’était.

AG : Le principe même de toutes les techniques pour aider les phobiques de la« peur du dentiste » n’est ce pas de s’attaquer à l’angoisse ?

AH : Tout à fait… Ne pas mépriser les gens qui ont peur, respecter leur peur. Qui a dit que les héros n’ont pas peur? ils ont peur. La peur est naturelle, elle permet de sécréter de l’adrénaline qui va donner l’énergie et la force de surmonter le combat. C’est la peur qui donne aux animaux l’énergie du combat ou de la fuite: c’est elle qui les sauve. Accepter sa peur et ne pas en avoir honte, c’est désamorcer l’angoisse et la moitié du chemin est déjà faite. La peur d’avoir peur engendre l’angoisse. La plupart du temps les phobiques essaient de nous faire peur de leur peur et en quelque sorte de nous la transmettre. Il faut leur montrer qu’il n’en est rien. Prendre en charge la peur du patient avec bienveillance est le premier pas pour l’aider. Attacher les bras du patient au fauteuil comme on l’aurait fait il y a un siècle ne fait qu’aggraver sa peur. S’il s’agite pendant l’intervention il suffit de lui poser doucement la main sur le bras et tranquillement lui transmettre notre sérénité. Lui faire savoir que nous sommes bienveillants à son égard et que nous savons qu’il souffre plus de sa peur que de toute autre chose.

AG : la Sophrologie a-t-elle sa place ici toute sa place ?

AH : Avant la Sophrologie, il y a eu l’hypnose, dont on ne peut nier l’efficacité, mais qui a plus ou moins été abandonnée en raison de la lourdeur de sa procédure et des difficultés de détachement du transfert de certains patients vis-à-vis du praticien. Elle est à mon sens trop inductive et implique un certain pouvoir de l’hypnotiseur sur l’hypnotisé. Elle présente en outre le danger de déclencher des processus difficilement contrôlables chez certains patients hystériques ou hystéroïdes. On a donc petit à petit évolué vers des méthodes moins autoritaires, comme le training autogène de Schultz, mais toujours aussi inductives. On suggère au patient des sensations de lourdeur, de chaleur, de vision de couleurs etc…pour le centrer sur son corps. En ce qui me concerne, j’ai été formé à l’hypnose, puis au training autogène, et ensuite à la sophrologie; j’en ai tiré une méthode composite variable en fonction de chaque patient. L’important est de laisser parler le patient et d’écouter ses peurs et ses fantasmes. On le met en position allongée et on l’aide à se détendre et à ressentir les sensations de son corps: sensations de fourmillements des doigts, vision de taches colorées etc. On lui fait faire des exercices respiratoires mobilisant le diaphragme et faisant un véritable massage des viscères, ainsi que du plexus solaire qui est souvent le siège de l’angoisse. C’est un apprentissage du patient qui ne comprend aucune forme d’induction de la part du praticien, et qui demande pas mal de temps, rendant cette méthode difficile à appliquer dans l’exercice quotidien et surtout avec les contraintes imposées par la Sécurité Sociale. C’est donc une méthode à réserver aux patients difficiles non désireux de recourir à l’anesthésie générale.

AG : Un contrat de confiance entre le patient et le praticien sera de mise. L’alliance sophronique est un élément essentiel dans cet accompagnement…

Jean-Pierre Hubert : En effet, l’alliance sophronique commence dès que le sujet accepte notre condition. Nous acceptons la sienne en équilibre total, d’où le terme d’alliance. On donne et on reçoit sur une base égalitaire. En complément, il y a attitude informative de la part du praticien et attitude formative de la part du patient.
Trois principes fondamentaux régissent l’action du praticien :
1) La réalité objective qui est le caractère même de la spécialisation ; le sujet désirant recevoir une instruction axée sur l’intervention dentaire, stomatologique, maxillo-faciale.
2) Le principe d’action positive : tout élément positif dirigé vers la conscience se répercute positivement sur tous les éléments psychiques. Autrement dit le malade bénéficie d’une formation au-delà de l’acte odontostomatologique lui-même.
3) Le principe du schéma corporel comme réalité vécue. L’action positive va nous faire sélectionner les sensations positives auxquelles d’autres sensations du même ordre vont se substituer. Il s’agit donc d’utiliser tout simplement le schéma corporel, force énorme que nous allons catapulter. Ainsi, cette méthode de base apparaît dans son universalité car l’alliance est structuralement vécue dans une ligne de réorganisation globale qui débute dès le premier jour de l’entraînement, avant la période d’activation intra sophronique, à la fois thérapeutique et pédagogique concernant directement l’acte du chirurgien dentiste.

AG : Les deux acteurs, patient et praticien, sont sur la même longueur d’onde. L’alliance est établie. Concrètement qu’allez-vous mettre en place comme méthode ?

JPH : Les techniques directes et d’urgences peuvent s’adresser à la pratique habituelle en cabinet dentaire. Elles comprennent :
– La décontraction rapide du patient par une sophronisation de base, toujours codée sur dix minutes environ et entraînant un état de déconnexion contrôlée. Elle tend à réduire considérablement et même à supprimer l’état d’anxiété.
– L’analgésie pour la préparation des cavités d’obturation.
– L’anesthésie pour les extractions, y compris les extractions de dents incluses s’il y a contre-indications à une anesthésie de type classique. On utilisera dans ce cas la technique de sophro substitution sensorielle, c’est-à-dire un changement de sensation pour une autre sensation. Après l’interrogatoire du patient, on procède à une sophronisation de base, relaxation avec les yeux fermés, détente douce des muscles du visage, de la face, des épaules et de la nuque. La circulation cérébrale est beaucoup plus souple, on éprouve une sensation d’harmonie, de tranquillité, de paix, le monde des sensations est amélioré. La relaxation se poursuit par les bras, les avant-bras et les mains, puis les muscles du dos et les abdominaux. La respiration se révèle profonde, régulière et agréable. Les jambes se relaxent complètement, la circulation est libre. Abandonnant le monde extérieur, on plonge « au bord du sommeil ». Dès ce moment, tout se passe comme dans un rêve. Le sophrologue poursuit : « Quand je compterai trois, vous sentirez votre maxillaire froid, de plus en plus froid. Relaxez-vous bien, bous sentez l’air frais. Vous voyez les images que vous aimez, la neige, le grand air. Quand vous sentirez la sensation de froideur dans le maxillaire, vous lèverez l’index de la main droite pour m’informer de l’apparition de la sensation. Chaque fois que vous avez la sensation de froid, vous vous relaxez de plus en plus et vous bougez le doigt pour m’avertir. Le froid pénètre la peau, la gencive, l’os maxillaire et les dents. C’est agréable. Vous savez diriger votre sensation. » A ce moment le praticien procède aux soins. Puis il reprend : « Cette sensation commence maintenant à s’estomper … Ne pensez plus à cette sensation. Une température habituelle revient maintenant dans tout votre maxillaire. Vous pourrez faire cet exercice chaque fois que vous en aurez besoin pour apaiser une sensation douloureuse. Vous prenez conscience que vous mobilisez activement tout ce qu’il y a d’harmonieux dans votre cerveau. » On termine par la désophronisation.
L’anesthésie est ainsi programmée pour le moment de l’intervention. L’arrêt puis la reprise du réflexe salivaire, entraîne une amélioration du confort. L’arrêt de l’hémorragie, la suppression de l’œdème, la réduction des douleurs postopératoires et l’activation de la cicatrisation font partie des « effets secondaires » de la sophronisation. Salivation, hémorragies, œdèmes et sensibilités peuvent être modifiés par un réflex pavlovien dès que le patient se trouve dans le fauteuil dentaire, programmé pour la durée des soins (nombre de rendez-vous). Parallèlement, on pourra annihiler le réflexe nauséeux souvent constaté lors du travail en bouche : emploi du miroir, de l’abaisse-langue, et surtout prise d’empreintes et de clichés radiographiques par films intra buccaux. D’autre part, le spécialiste luttera efficacement contre les malaises divers (lipothymie), la toux accidentelle, la toux chronique toujours pénible pendant les longues séances de soins, les névralgies faciales, la contracture inflammatoire des maxillaires (trismus) par la vasodilatation artérielle, la crispation musculaire et le grincement des dents (bruxomanie), les sensations de brulures au niveau de la langue (glossodynie) toujours très rebelles à tout traitement classique, la succion du pouce, l’habitude de se ronger les ongles (ornitophagie).

AG : On voit bien que la sophrologie fait partie intégrante des techniques psychologiques utilisées dans l’arsenal antalgique du dentiste…

JPH : Dans son sens le plus vaste, la sophrologie permet de réduire des difficultés d’importance capitale tant pour le patient que pour le praticien. La dent et son support (le parodonte) ne constituent pas un territoire anatomique marginal. La bouche, organe de la fonction orale, organe sexuel, est une entité majeure extrêmement importante car elle présente une réalité d’ordre social : c’est le vecteur intellectuel qui ne peut être dissocié de l’unité fondamentale, la conscience et le corps. L’odontostomatologiste « l’attaque » de face dans une position pleine d’agressivité et de contrainte souvent en dehors de toute préparation psychologique. La méthode de sophro-restauration orale comprendra donc une phase initiale, autrement dit une sophronisation de base préparatoire précédée de l’interrogatoire (anamnèse) donnant des renseignements sur les antécédents du consultant. C’est une observation médicale tout-à-fait orthodoxe, au cours de laquelle on pourra déceler, par exemple, qu’une édentation même partielle a entraîné une névrose, une psychose, un sentiment insurmontable d’humiliation, un blocage, etc. La sophronisation facilitant la suppression de l’angoisse et l’élimination de l’appréhension, permet d’obtenir avant l’intervention, pendant l’intervention et après l’intervention, les meilleures conditions possibles.

AH : Pour ma part, la sophrologie m’a surtout aidé dans mon épanouissement personnel, et je la considère comme une philosophie utile surtout au praticien, pour l’aider à faire face au stress permanent d’une profession compliquée dans la relation avec les patients qui eux sont encore plus stressés. La pharmacopée actuelle permet d’avoir recours à des prémédications sédatives rapidement éliminées et sans danger. La sophrologie aide surtout le praticien à avoir une autre approche du patient et aide le patient à percevoir le praticien autrement qu’un bourreau .
Les progrès de l’anesthésie générale permettent aussi de traiter des patients qui ont des peurs insurmontables dans de bonnes conditions mais l’inconvénient, c’est que le patient renonce complètement à son corps et ne sort pas enrichi de son expérience comme c’est le cas lorsqu’on l’aide à aller au delà de sa peur.

AG : Comment faîtes vous pour ne pas pratiquer systématiquement une anesthésie générale ?

AH : Un bon argument, qui m’a toujours réussi à convaincre les patients à ne pas recourir systématiquement à l’anesthésie générale est que d’accepter une certaine douleur, limitée, raisonnable, qui en somme fait partie de la vie puisqu’on ne souffre plus quand on est mort, améliore aussi la capacité à ressentir le plaisir physique que peut nous procurer notre corps. Accepter son corps, avec les inconvénients que cela implique, augmente l’intensité du plaisir. L’anorgasmie peut être traitée par des méthodes de prise de conscience du schéma corporel tout comme la « peur du dentiste ».

AG : Imaginons par exemple, un patient entraîné favorablement à la sophro substitution sensorielle. Après intervention, suivie ou non d’un appareillage prothétique, il va quitter le cabinet. Au moment de franchir la porte, il vous pose la question : « Que dois-je faire maintenant Docteur ?

JPH : Réponse : « C’est très facile, nous allons adapter ensemble une méthode à suivre vous-même. Quel exercice de Relaxation Dynamique préférez-vous ? Quelles sont les choses de la nature que vous préférez ? » On établira alors une méthode intégrative de dix minutes en profitant de l’expérience vécue, sophronisation de base, puis sophro acceptation programmée en ajoutant les nouvelles données fournies par le patient. Dans le moment final de renforcement, on évoquera cette image de la nature, par exemple la montagne, en remarquant que le but de la sophrologie est le retour à la nature particulièrement oubliée par l’homme occidental. Cette méthode ne coupera donc pas la relation médecin malade. Elle ouvrira au contraire une période d’entrainement de base, sans plus aucun rapport avec l’odontostomatologiste, mais en accord avec l’harmonie de la nature. Le patient n’est pas esseulé, livré à lui-même dans un désarroi plus ou moins dissimulé avec toutes les conséquences que cela comporte. C’est une libération établie sur un fait concret, une restructuration finale dont nous pourrons bénéficier longtemps après dans l’éventualité de nouveaux soins. Cette liberté d’entraînement se répercutant dans l’avenir apparaît d’une importance capitale et transforme l’acte désespérément limite de la spécialité.

AG : N’y at-il pas des contre-indications ?

JPH : Les contre-indications paraissent réduites à la condition d’éliminer comme nous l’avons vu les psychopathies graves. Il y a néanmoins un risque de faire apparaître une névrose latente ou d’augmenter une névrose discrète déjà existante avec suppression du symptôme primaire et transformation en maladie psychosomatique. C’est la raison pour laquelle l’odontologiste sophrologue doit posséder une formation scrupuleuse.

Merci à nos deux invités pour leur réponses concrètes. Science humaine et philosophie humaniste, la sophrologie a donné d’extraordinaires dimensions à la discipline dentaire. Et c’est très bien ainsi !

Dr. Jean-Pierre Hubert : http://jp.hubert.sophrologie-bioanalyse.com

Dr. Jean-Pierre Hubert : http://jp.hubert.sophrologie-bioanalyse.com

Dr. Albert HAUTEVILLE.

Dr. Albert Hauteville : http://conseildentaire.com

ÉRYTHROPLASIE BUCCALE. TUMEUR BÉNIGNE.

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L’érythroplasie buccale est à rapprocher de la leucoplasie et est parfois combinée avec elle sous forme de leucoérythroplasie.
Seul l’aspect diffère: il s’agit là de taches rouges groupées.
La localisation est souvent le palais ou la langue

Lisez ICI.

Erythroplasie du palais chez une édentée totale.
Erythroplasie du palais chez une édentée totale.
Erythroplsie de la langue
Erythroplsie de la langue
Erythroleucoplasie de la langue.
Erythroleucoplasie de la langue.

L’érythroplasie a un potentiel dégénératif légèrement supérieur à la leucoplasie et nécessite comme elle une surveillance attentive.

LES PARALYSIES FACIALES.

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Les paralysies faciales sont plus du domaine de la neurologie que de la stomatologie, mais puisque je commence à avoir épuisé les sujets, pourquoi ne pas nous cultiver un peu plus?

J’exclurai de cet exposé les paralysie d’origine traumatique, consécutives à des accidents ou interventions chirurgicales, pour me limiter aux paralysies d’origine pathologique.

La paralysie faciale est une atteinte de la septime paire de nerfs crâniens, le nerf facial: voir ICI . Elle peut être bilatérale ou, beaucoup plus souvent, unilatérale.

Il faut distinguer les paralysie faciales d’origine centrale, c’est à dire en amont du « faisceau géniculé », et celle d’origine périphérique dues à une atteinte plus en aval.

PARALYSIE FACIALE D’ORIGINE CENTRALE.

Les paralysies centrales sont dues à:

  • un accident vasculo cérébral (avc)
  • une tumeur cérébrale (bénigne ou maligne)
  • une sclérose en plaque
  • une maladie de Parpinson

Les paralysies faciales centrales sont plus limitées au territoire inférieur et atteignent l’hémiface controlatérale à la lésion, car les fibres nerveuses se croisent en X et font souvent des anastomoses appelées « chiasma »ou « plexus ».
Les fonctions d’élocution, de mastication, d’expression faciale sont touchées. Les rides s’estompent du côté paralysé.
La partie du visage atteinte est généralement la partie basse du visage. La bouche est déviée du côté sain.

Le traitement est évidemment la suppression de la cause de la paralysie.

LES PARALYSIES FACIALES D’ORIGINE PÉRIPHÉRIQUE.
Elles sont dues:
– la paralysie faciale aiguë idiopathique appelée à l’origine « paralysie à frigore » car sensée être due à un coup de froid, et appelée maintenant « paralysie de BELL » (qui fut le premier à la décrire). Les causes en sont très mal connues, peut être virales…
– une tumeur comprimant le nerf sur son passage
– une fracture du rocher
– une neuropathie diabétique
– un zona
– une maladie de Lyme.

Dans la paralysie faciale périphérique, toute l’hémiface est atteinte et le patient ne parvient pas à fermer un oeil. Chez un sujet sain la fermeture de l’œil est accompagnée d’une rotation du globe oculaire. Dans le cas de la paralysie faciale périphérique la rotation de l’œil est visible, c’est le signe de Bell. Comme précédemment la bouche est déviée du côté sain.

Paralysie faciale périphérique de BELL côté gauche. (wikipedia)
Paralysie faciale périphérique de BELL côté gauche. (wikipedia)

Pour la paralysie de Bell, le traitement est essentiellement à base de corticoïdes. Pour les autres il faut traiter la cause.

 

POURQUOI LES DENTS SE DÉPLACENT- ELLES? OSTÉOGENÈSE ET OSTÉOCLASIE.

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Une grande question, qui sans être formulée aussi clairement, revient sans arrêt: pourquoi les dents se déplacent elles? Je n’avais pas envie d’y répondre de façon primaire, et j’ai opté pour un exposé plus scientifique. Je m’en excuse, mais j’ai fait de mon mieux pour qu’il soit compris de tous!

L’orthodontie s’appuie sur la loi de Leriche et Policart qui dit qu’une dent soumise à une force non compensée par une force antagoniste égale, se déplace dans le sens de cette force (1928). Voir ICI!

L’os alvéolaire est en perpétuel remaniement. Il se construit par l’ostéogenèse sous l’action des ostéoblastes, et se détruit par l’ostéoclasie sous l’action des ostéoclastes.

Selon Wikipedia, les ostéoblastes sécrètent principalement du collagène mais aussi diverses protéines. Ils concentrent aussi le calcium et le phosphate qui constituent la partie minérale de l’os. Le phosphate inorganique se lie au calcium et donne de l’hydroxiapatite Ca10(PO4)6(OH)2. Cette action est renforcée par l’action de l’enzyme Ostéocalcine.

Dictionnaire des sciences.
Dictionnaire des sciences.

Les ostéoblastes « s’emmurent vivants » dans des couches concentriques de tissu osseux et conservent des liens avec les autres cellules via des prolongements cytoplasmiques. Une fois totalement emmurés, on les appelle ostéocytes. Les ostéocytes poursuivent une activité de synthèse mais beaucoup plus modérée.

L’os doit adapter sa structure aux contraintes auquel il est soumis : il est donc en perpétuel remodelage. Les ostéoblastes, qui synthétisent de l’os, travaillent donc en synergie avec les ostéoclastes, qui sont capables de résorber l’os.

Les ostéoclastes sont les macrophages des os. Ce sont des cellules multinucléées possédant de quelques noyaux à une cinquantaine de noyaux  au niveau de leur pole apical. Elles ont un diamètre de 50 à 100 μm. Elles sont responsables de la résorption du tissu osseux, par le processus de l’ostéolyse, et participent donc à son renouvellement continu.

Health plexus
Health plexus

Comme je l’ai déjà dit à plusieurs reprises l’os alvéolaire n’a d’existence qu’avec la dent, il fait partie du parodonte et apparaît avec lui et, sauf conditions spéciales, disparaît avec lui, donc avec la dent.

C’est aussi ce qui permet à une dent de se déplacer sous l’effet d’une force qui lui est appliquée, soit par les contraintes occlusales ou musculaires, soit volontairement par un appareil orthopédique. La force pousse dans un sens: les ostéoclastes détruisent l’os en avant, et les ostéoblastes reconstruisent l’os en arrière. La dent s’est déplacée sans perte d’os.
Mais l’os (ou la dent?) a une mémoire, et il aura toujours tendance à revenir à la même place: il faut donc poser une attelle de contention pour maintenir les dents dans leur nouvelle position et les empêcher pendant un temps assez long de revenir à leur place d’origine. Voir ICI!

En réalité, je pense que la forme d’une arcade dentaire, donc le positionnement des dents, est la résultante des forces en présence en bouche par la pression des différents muscles des lèvres, de la langue, des joues, et des muscles masticateurs. Si on change le positionnement des dents, sans modifier l’équilibre des forces, tout aura tendance à revenir à sa place initiale. Il faut donc, selon des recherches récentes, finir un traitement d’orthodontie non seulement par une contention, mais aussi par une rééducation neuro-musculaire.

Lorsque l’équilibre de la bouche est détruit par une extraction dentaire, toutes les dents vont bouger pour se réaligner suivant une nouvelle position correspondant aux nouvelles forces. D’où la nécessité de toujours remplacer les dents manquantes au fur et à mesure de leur perte, ou mieux, ne jamais avoir à extraire de dents!!! Voir ICI!

L’os alvéolaire a besoin de stimulations constantes pour ne pas se détruire. La présence d’implants, transmet à l’os les forces masticatoires et contribue ainsi au maintient du capital osseux alvéolaire.

QU’EST QUE L’ODONTOLOGIE?

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Cela fait six ans et 470 articles publiés que je parle d’odontologie, et je n’ai même pas eu l’idée de dire ce que c’est!

En réalité, c’est parce que j’en ai assez de voir dans mon courrier parler « d’orthodentiste » ou de « pédodentiste » que j’ai envie de faire la mise au point.

« Odonte » veut dire dent en grec. L’odontologie est la spécialité que traite des dents. L’odontologiste est le spécialiste des dents. En résumé l’odontologiste est un dentiste en langage courant.

Oui! je sais! c’est du coupage de cheveux en quatre, mais je tiens à la langue française, je n’y peux rien, je suis comme cela!

Il s’ensuit que toute les spécialité dentaires sont terminées par le suffixe odontologiste ou odontiste. Un parodontologiste, un orthodontiste, un endodontiste, un occlusodontiste, et un pédodontiste.

Comme en France il y a un chevauchement entre la stomatologie et l’odontologie, le mieux est de dire l’odonto-stomatologie pour tout englober.