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LA PEUR DU DENTISTE ET LA SOPHROLOGIE.

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Article mis à jour le 24/02/2016

Je suis d’une génération où « la peur du dentiste » et l’hygiène bucco-dentaire lamentable des français faisaient des ravages sur le sourire national. En plus, la culpabilité inhérente à notre profession à cette époque m’a poussé à une recherche que les jeunes confrères n’ont probablement plus l’occasion d’entreprendre aujourd’hui. Je me suis dit que peut-être cela intéresserait certaines personnes de refaire ce chemin avec moi.

LE MYTHE DE L’ARRACHEUR DE DENTS (photo-depot.com)

La douleur est une émotion, elle est virtuelle, elle n’a pas d’existence physique. Il en est de même pour le plaisir. C’est cette caractéristique en commun qui permet de les confondre dans le sado-masochisme.

La bouche et l’anus sont étroitement intriqués dans les fantasmes sado-masochistes et les mythes de « vagins dentés ». Voyez les sculptures de dévoration, et la fantasmagorie de l’anthropophagie:

La douleur n’est pas une chose insurmontable. Les bourreaux de l’inquisition et de la Gestapo le savaient bien. Ce qui est intolérable c’est l’angoisse qui l’accompagne. La souffrance physique ne suffit pas à faire craquer un individu, il faut l’humilier, le détruire psychologiquement. Si on retire l’angoisse, la douleur en elle même est parfaitement supportable, surtout actuellement avec tous les moyens d’anesthésie dont nous disposons. De plus, la douleur une fois passée ne laisse aucune trace, aucune séquelle, on arrive même à avoir des difficultés à se souvenir comment c’était.

Le principe même de toutes les techniques pour aider les phobiques de la « peur du dentiste » c’est de s’attaquer à l’angoisse. Ne pas mépriser les gens qui ont peur, respecter leur peur. Qui a dit que les héros n’ont pas peur? ils ont peur. La peur est naturelle, elle permet de sécréter de l’adrénaline qui va donner l’énergie et la force de surmonter le combat. C’est la peur qui donne aux animaux l’énergie du combat ou de la fuite: c’est elle qui les sauve. Accepter sa peur et ne pas en avoir honte, c’est désamorcer l’angoisse et la moitié du chemin est déjà faite. La peur d’avoir peur engendre l’angoisse.

La plupart du temps les phobiques essaient de nous faire peur de leur peur et en quelque sorte de nous la transmettre. Il faut leur montrer qu’il n’en est rien. Prendre en charge la peur du patient avec bienveillance est le premier pas pour l’aider. Attacher les bras du patient au fauteuil comme on l’aurait fait il y a un siècle ne fait qu’aggraver sa peur. S’il s’agite pendant l’intervention il suffit de lui poser doucement la main sur le bras et tranquillement lui transmettre notre sérénité. Lui faire savoir que nous sommes bienveillants à son égard et que nous savons qu’il souffre plus de sa peur que de toute autre chose.

Qu’est-ce que la Sophrologie?

Avant la Sophrologie, il y a eu l’hypnose, dont on ne peut nier l’efficacité, mais qui a plus ou moins été abandonnée en raison de la lourdeur de sa procédure et des difficultés de détachement du transfert de certains patients vis-à-vis du praticien. Elle est à mon sens trop inductive et implique un certain pouvoir de l’hypnotiseur sur l’hypnotisé. Elle présente en outre le danger de déclencher des processus difficilement contrôlables chez certains patients hystériques ou hystéroïdes.
On a donc petit à petit évolué vers des méthodes moins autoritaires, comme le training autogène de Schultz, mais toujours aussi inductives. On suggère au patient des sensations de lourdeur, de chaleur, de vision de couleurs etc…pour le centrer sur son corps.

C’est à CAYCEDO que nous devons le terme de « Sophrologie ». « Sos-Phren-Logos » signifiant étymologiquement « Science de l’esprit harmonieux » (en réalité: sos=science, phren=cerveau, logos=langage). La relaxation dynamique mise au point par Caycedo, emprunte aux techniques orientales certains mouvements et procédures respiratoires. Elle a pour but essentiel la prise de conscience du schéma corporel. La peur de la douleur est avant tout un refus de l’existence du corps, car souffrir c’est sentir son corps. De même qu’avoir du plaisir c’est aussi sentir son corps; bloquer son plaisir sexuel est une autre manière de refuser la présence du corps.

En ce qui me concerne, j’ai été formé à l’hypnose, puis au training autogène, et ensuite à la sophrologie; j’en ai tiré une méthode composite variable en fonction de chaque patient. L’important est de laisser parler le patient et d’écouter ses peurs et ses fantasmes. On le met en position allongée et on l’aide à se détendre et à ressentir les sensations de son corps: sensations de fourmillements des doigts, vision de taches colorées etc. On lui fait faire des exercices respiratoires mobilisant le diaphragme et faisant un véritable massage des viscères, ainsi que du plexus solaire qui est souvent le siège de l’angoisse. C’est un apprentissage du patient qui ne comprend aucune forme d’induction de la part du praticien, et qui demande pas mal de temps, rendant cette méthode difficile à appliquer dans l’exercice quotidien et surtout avec les contraintes imposées par la Sécurité Sociale. C’est donc une méthode à réserver aux patients difficiles non désireux de recourir à l’anesthésie générale.

Pour ma part, la sophrologie m’a surtout aidé dans mon épanouissement personnel, et je la considère comme une philosophie utile surtout au praticien, pour l’aider à faire face au stress permanent d’une profession compliquée dans la relation avec les patients qui eux sont encore plus stressés.

La pharmacopée actuelle permet d’avoir recours à des prémédications sédatives rapidement éliminées et sans danger. La sophrologie aide surtout le praticien à avoir une autre approche du patient et aide le patient à percevoir le praticien autrement qu’un bourreau .

Les progrès de l’anesthésie générale permettent aussi de traiter des patients qui ont des peurs insurmontables dans de bonnes conditions mais l’inconvénient, c’est que le patient renonce complètement à son corps et ne sort pas enrichi de son expérience comme c’est le cas lorsqu’on l’aide à aller au delà de sa peur.

Un bon argument, qui m’a toujours réussi à convaincre les patients à ne pas recourir systématiquement à l’anesthésie générale est que d’accepter une certaine douleur, limitée, raisonnable, qui en somme fait partie de la vie puisqu’on ne souffre plus quand on est mort, améliore aussi la capacité à ressentir le plaisir physique que peut nous procurer notre corps. 

Accepter son corps, avec les inconvénients que cela implique, augmente l’intensité du plaisir. L’anorgasmie peut être traitée par des méthodes de prise de conscience du schéma corporel tout comme la « peur du dentiste ».


L’avantage des méthodes
à approche psychologique du patient, est qu’il ressort grandi de son expérience  puis qu’ayant outrepassé sa peur, alors que l’anesthésie générale est un renoncement total, un abandon complet de son corps à la disposition d’autrui.

Il existe maintenant une autre alternative à la peur du dentiste qui est l’utilisation de l’analgésie par protoxyde d’azote (MEOPA). J’invite les lecteurs intéressés par le sujet à s’y référer en cliquant ICI!



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Dr. Albert Hauteville
Albert HAUTEVILLE Né le 17 Octobre 1935 . Chirurgien Dentiste diplômé de la Faculté de Médecine de Paris (Ecole Odontologique de Paris) en 1960, durant une période courte où les dentistes étaient formés par la faculté de Médecine et avaient la possibilité facultative de suivre en même temps les cours de médecine, ce qu'il a fait. Docteur en Chirurgie Dentaire. Docteur en Sciences Odontologiques. Certificat d'Enseignement Supérieur en parodontologie Diplômé Universitaire en Chirurgie Buccale de Paris V. Diplômé Universitaire en Parodontologie de Paris VII. Ex-Assistant à la Faculté de Chirurgie Dentaire de Paris V. Ex-Assistant en Odontologie des Hôpitaux de Paris. Titulaire du Diplôme d'Etudes et de Recherches en Sciences Odontologiques. Ex Chargé de cours au Diplôme Universitaire d'Implantologie Paris V .Ex-enseignant auprès des écoles d’Assistantes Dentaires et d'Infirmières. Ex-Expert auprès de la Sécurité Sociale. Ex-Chef de Service de Parodontologie à l'Institut Eastman de Paris. Ex-Attaché de Consultation au Service de Stomatologie de l'Hôpital Ste.Anne à Paris. A fait des stages de formation en occlusodontie avec le Pr. JANKELSON et avec et le Pr. RAMFJORD. Co-auteur et responsable de publication du livre publié en 1989 en français et en italien, aux Editions Masson : "Manuel d'Odontologie Chirurgicale"(épuisé). Retraité depuis 2001. Service Militaire 1960-62 en temps qu'officier de réserve du Service de Santé. A exercé à Paris pendant 38 ans, et depuis 1976 exclusivement la stomatologie, à l'exclusion de toute prothèse ou soins dentaires: c'est à dire surtout la Chirurgie Buccale, Pathologie et Thérapeutiques, Parodontologie et Implantologie. A fait 18 ans de psychanalyse personnelle et des formations en hypnose, sophrologie, training autogène, Gestalt-thérapie, bio-energie, sexologie, et dynamique de groupe. Son fils Jean Philippe Hauteville, Prothésiste Conseil, apporte sa collaboration à la réalisation de ce blog, au niveau de tout ce qui concerne la prothèse dentaire. Le Dr. Hauteville, retraité depuis 2001 souhaite mettre ses connaissances et son expérience à la disposition de tous ceux qui le désirent, professionnels ou grand public, et répondre aux questions que voudront poser les lecteurs directement sur le blog. Publier des articles, regroupant les réponses aux interrogations des patients durant 40 ans, et des cours pour les étudiants en odontologie rendus accessibles à tous.

14 COMMENTS

  1. cher docteur,

    Je ressens du plaisir et me laisse envahir par celui-ci mais lorsque l’on vous retape l’os de la mâchoire supérieure plusieurs fois avec peu d’anesthésie ! Croyez moi cela fait diablement mal ! Si le plaisir s’incruste dans votre mémoire, la souffrance ou plutôt la peur qu’elle a générée se focalise également dans cette mémoire ! C’est incontestable ! A force d’avoir eu mal, on cherche toutes les portes de sorties et j’ai découvert moi aussi l’hypnose Ericksonienne de même que les exercices de respiration également ! Mais je ne m’exerce pas tous les jours, ce qui fait que la concentration s’effiloche au fil du temps et que la panique s’installe le jour « J » ! Mais je tiens le coup quand même !
    Bien à vous.

    • Je n’ai pas dit qu’il fallait être maso, j’ai simplement dit que le corps donnait des plaisirs et des déplaisirs qu’on pouvait accepter, mais cela n’autorise en aucune manière un dentiste à travailler quand il a raté son anesthésie!

  2. bonjour docteur , j’ai deux carie et du tartre noir autour de tt mes dents mais j’ai trop peur de consulter le dentiste ! vous pouvez au moins m’expliquer comment soigner une carie et le détartrage c’est comment ?

  3. Bonsoir,
    je suis une jeune dentiste,j’ai remarqué que tant qu’on fait une bonne anesthésie tous vas bien aprés.les patients ont plus peur de l’aiguille,qu’es qu’on peut faire pour atténuer leur douleur lors de l’injection? moi personnellement j’injecte quelques gouttes superficiellement pour anesthésié l’endroit ou je vais injecté et je retire l’aiguille mais bon j’ai remarqué que ca marche pour le coté vestibulaire et linguale ,et que du coté palatin la douleur reste toujours la même. Ce n’est peut être pas le but principale de cet article mais ca reste dans le contexte de la douleur.
    Merci Dr Hauteville

    • Je suis comme vous, j’ai exercé 40 ans, et je n’ai pas résolu ce problème, il faut avoir la patience d’injecter très lentement et sans pression pour le premier impact. Après on pique de proche en proche sur un territoire déjà anesthésié. Pour passer de vestibulaire en palatin on pique vestibulairement la papille et ensuite en palatin. Mais il reste toujours une douleur résiduelle, si on veut une bonne anesthésie. Il faut expliquer au patient que c’est un investissement pour être tranquille après. Les anesthésiques de surface ne donnent rien mais rassurent le patient.
      A propos de la tronculaire, je crois que c’est vous qui m’en avez parlé: n’oubliez jamais d’aspirer pour voir s’il y a du sang, ce qui voudrait dire que vous êtes dans un vaisseau. Dans ce cas vous reculez un peu et vous réaspirez. Il semblerez que les rares problèmes sont dus à une injection intra-vasculaire.

  4. Merci infiniment Dr pour vos conseils ,oui effectivement c’est moi qui avais posé la question a propos de la tronculaire ,comme par hasard le lendemain j’ai pris en charge un patient qui souffre d’un problème de prise d’anesthésie il avait consulté plusieurs confrères mais lors de l’extraction de sa 37 il ressent absolument tout donc il a laissé trainé son extraction 2 mois.
    Je lui ai proposé de tenté et si l’anesthésie ne marché pas je ne le toucherai pas, finalement,
    j’ai fais la première tronculaire(comme vous me l’avais conseillé j’aspire toujours avant d’injecté)après 20 minutes toujours rien il ressent absolument tout et pourtant il n’était pas alcoolique ni abusé de narcotiques ,comme vous m’avais dis que c’été possible de reprendre une tronculaire une deuxième fois en cas d’échec ca m’as encouragé a refaire mais la tout le produit que j’ai injecté est resté stagné dans une boule sous la muqueuse et il n’y a eu aucun changement de sensibilité ,au début j’ai paniqué un peu a cause de la boule qui c’est formé ensuite j’ai entamé des massage de la joue petit a petit la boule commencé a disparaitre le patient m’avais dis qu’il commencé a se sentir engourdi par l’anesthésie et finalement ca a marché la moitié de la langue et l’émie arcade été anesthésié a la suite j’ai fais une complémentaire et une extraction sans douleur .mais je reste toujours préoccupé par la boule qui c’est formé.elle peut être due a quoi ? es qu’elle pourra avoir des conséquences sur le patient?

    • Vous avez sans doute injecté pas assez en profondeur ou trop vite. Ça n’a aucune importance , ça va se résorber.

  5. Bonjour Docteur,

    Je recherche pour ma fille étudiante de 21ans sur Paris V un dentiste holistique qui pourra la suivre.
    Merci pour votre attention

  6. Bonsoir Docteur,
    Je recherche un dentiste holistique, et j’ai peur de ne pas trouver la bonne personne. J’habite EVRY (Essonne), mais je peux me rendre à PARIS.
    Si vous pouviez me donner une adresse, je vous remercie beaucoup pour votre réponse.

  7. Bonjour,

    Je découvre votre article qui répond à certaines de mes questions. Je suis Stomatophobe, si ce terme existe, et la moindre intervention me tétanise. Je dois me faire arracher une dent dévitalisée qui part en morceaux puis me faire poser un implant. J’aurais souhaité trouvé un stomato qui pratique l’hypnose sur Paris ou le MEOPA (mais à des prix raisonnables vu que c’est non pris en charge)…. Et sinon un médicament type Xanax ou Exomyl ne pourrait-il pas faire l’affaire?

    Merci d’avance

    • Vous pouvez vous faire extraire votre dent sous anesthésie générale: adressez vous à un spécialiste en chirurgie buccale

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